Commentaires d'après premier tour des primaires de la droite

- Les primaires ouvertes se sont imposées à la droite dont ce n'était pas la culture. Quelles que soient les réserves qu'on a pu formuler vis-à-vis de cette pratique de désignation qui disqualifie les militants fidèles, force est de constater que l'électorat de droite et du centre les a adoptées, sans doute définitivement.

- Avec plus de 4 millions de participants ce 20 novembre, elles signent l'intérêt du public pour la chose politique que le succès d'audience des débats télévisés avaient déjà confirmé. C'est une bonne nouvelle pour la démocratie, même si les taux d'absention aux élections traditionnelles font hélas souvent douter...

- Cette campagne de 1er tour s'est passée dans de bonnes conditions. Rien à voir avec ce que l'on a vu aux Etats-Unis récemment ! Pas d'excès, pas de caricature ni d'insulte de ce côté-là de l'Atlantique, c'est aussi ça le respect de la démocratie et des électeurs. On croit souvent que les américains ont toujours un temps d'avance sur nos habitudes et comportements. Gageons que nos vieilles démocraties ont cette sagesse qui manque tant à nos amis américains !

- Les résultats d'hier ont placé sur les trois premières marches du podium les trois candidats les plus expérimentés et qui, sur les questions internationales notamment, avaient une vraie longueur d'avance sur les 4 autres challengers. Preuve que le discours sur le renouvellement et le jeunisme n'a pas pris dans cette campagne parce qu'il n'est pas gage d'efficacité dans un monde instable et dangereux.

- Non à la politique spectacle ! Ni François Fillon, ni Alain Juppé ne sont disposés à jouer des claquettes, prêts à tout et à n'importe quoi pour séduire un électorat qui serait paraît-il, sensible à ce genre de discours de foire. C'est rassurant pour l'avenir.

- Reste cette semaine de campagne pour le second tour. L'avance de François Fillon le place en pôle position et on peut imaginer la déception d'Alain Juppé qui a si longtemps, fait figure de grand favori. Comme quoi rien n'est jamais écrit d'avance et là encore, c'est une satisfaction pour qui fait confiance à la sagesse populaire. Les médias n'ont pas toujours l'influence qu'on leur prête quand on veut les rendre responsables de ses propres échecs !

- Alain Juppé a peut-être été victime du soutien de François Bayrou. Celui-ci porte la marque indélébile pour l'électorat de droite, de son ralliement à François Hollande en 2012. C'est ce qu'avait souligné à l'envi Nicolas Sarkozy et qui a sûrement favorisé Fillon pour ceux qui, pour autant, ne voulaient pas le retour de l'ancien Président. Aux yeux des électeurs de droite décidé à en finir avec ce quinquennat, quiconque s'approche du patron du Modem sent le souffre ! Rajoutez à cela Macron qui, opportunément, marche sur les platebandes du centre, et on mesure combien le socle électoral de Juppé a pu être fragilisé.

- Enfin, comment ne pas souligner l'humiliation qu'a subi hier Jean-François Copé, arrivé bon dernier de la compétition. Lui qui se satisfaisait de pouvoir participer à cette primaire qui avait valeur pour lui de réhabilitation. Il doit aujourd'hui être bien amer. Son avenir politique s'est considérablement assombri.

Questions médiatiques

L'élection de Donald Trump comble d'aise tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, nourrissent une rancoeur. Le résultat "surprise" du 9 novembrge légitime leur colère rageuse qu'aucune digue ne semble plus contenir, à tel point qu'on a parfois l'impression de vivre dans un climat pré-insurectionnel ! La fameuse "élite" dont on ne connaît pourtant ni la définition ni le périmètre, en prend pour son grade. La classe politique traditionnelle, les instituts de sondage et les journalistes évidemment sont en permanence décriés.

De fait, ces derniers ont beaucoup de questions à se poser sur leur incroyable incapacité à " sentir le terrain" et donc à anticiper un événement, l'élection de Trump en l'occurrence. En 2004 déjà,  n'avaient-ils pas pronostiqué la victoire de John Kerry contre Georges W. Bush, lequel fut en fin de compte réélu pour un second mandat ?

D'où ce fossé qui s'élargit entre opinion et médias soi - disant partisans, et qui explique en grande partie le déclin de ces derniers. Reste pour la presse et pour nous tous cette question existentielle : les journalistes professionnels, en principe chargés d'enquêter,  de hiérarchiser l'information selon des choix forcément subjectifs, de contextualiser les événements et de les analyser, bref les journalistes sont-ils désormais condamnés à ne faire que suivre l'opinion souvent versatile, à la relayer sans filtre ni question, à coller à tous les ressentiments sans jamais proposer de clés de compréhension ni de réflexion ? Sous peine de perdre definitivement toute audience !? Redoutable question qui porte en germe la négation de leur mission pourtant essentielle à toute démocratie : être des médiateurs, autrement dit des intermédiaires, des relais, des moyens d'appréhender une réalité forcément complexe. 

Quoi qu'il en soit,  leur perte d'influence est flagrante. A preuve leur engagement en faveur de la candidate américaine démocrate qui n'a pas empêché le succès de son challenger républicain ! De même que les médias français n'ont jamais pu empêcher la progression électorale de Jean-Marie Le Pen puis de sa fille. Au contraire, leurs partis pris nourissent-ils sans doute le discours anti-système, véritable fonds de commerce du FN ! Nicolas Madelaine parle dans Les Echos du 9 novembre "d'un quatrième pouvoir (la presse) à genoux. .."

Les origines de cette crise politique et médiatique sont évidemment nombreuses mais le poids croissant des réseaux sociaux en est une, essentielle à mes yeux. Pour Nicolas Beytout (dans l'Opinion du 10 novembre), "le jeu de la démocratie avec les mêmes (vieilles) règles, est en train d'être balayé. .." La théorie du complot à trouvé avec Facebook et Twitter un terreau formidable où sa croissance se nourrit de toutes les innombrables colères postées souvent anonymement. Une voix qui crie sur fb a peut-être aujourd'hui plus de poids qu'un bulletin de vote glissé dans l'urne. Les réseaux sociaux, loin de donner l'impression à chacun qu'il prêche dans le désert, lui procure au contraire l'illusion de parler haut et fort au monde entier ! Et tant pis s'il n'est guère entendu finalement !

"C'est l'ère de la post-vérité" écrit encore le journaliste des Échos et le brexit anglais de juin dernier n'en serait sans doute que la première des manifestations d'ampleur.

L'invective,  l'insulte et le mensonge ne seront peut-être bientôt plus que des arguments très ordinaires des campagnes électorales qui n'effraieront plus aucun électeur.  Pas sûr que cela fasse rêver les naïfs dont je suis et qui croient encore à la valeur d'une démocratie apaisée. Et pas sûr que la démocratie tout court survive longtemps à sa caricature qu'encourage hélas le PAF (paysage audiovisuel français) où n'importe quel prétendu humoriste est promu au rang de journaliste pour interroger et moquer "l'élite"politique. ..

Pour l'heure, les journaux, et l'opinion avec eux, ont de sérieuses questions à se poser sur leur rôle et le sens de leur métier qui, faut-il le rappeler, est d'abord d'être sur le terrain pour humer l'air du temps et repérer les plaques tectoniques de la société. Sans parti pris si ce n'est celui de l'honnêteté.